Brève de faune - Capture de chevreuils et chamois dans le Jura

Tout commence début 2019, j’encadre alors au travail une stagiaire originaire du Jura et le premier jour je suis déjà démasqué, je suis chasseur… ses parents aussi ça fait déjà un bon sujet de conversation pour les pauses. Inutile d’ajouter que je me laisserai vanter les louanges du Jura de nombreuses fois… Il faut absolument que j’aille y observer la faune ! Comme toujours le temps passe et avec la saison de chasse qui arrive, le temps libre disparaît au profit d’un planning chargé, le Jura devra attendre…


Mi-janvier 2020, je découvre sur les réseaux sociaux que la Fédération Départementale des Chasseurs du Jura recherche des participants pour une capture de chevreuils dans le cadre du Programme Prédateur-Proies. Inscription faite, plus qu’à rejoindre le Jura en quête du petit ongulé !





Le Programme Prédateur-Proies (PPP) Lynx a pour objectif d’évaluer les effets de la chasse et de la prédation du lynx boréal (espèce protégée) (Image 1) sur les populations de chevreuils et de chamois, principales proies du félin. Il se déroule dans le Jura et l’Ain et implique les FDC de ces départements et de la Haute-Savoie, le CNRS et l’Office Français de la Biodiversité, avec le soutien de la Fédération Nationale des Chasseurs, des Conseils Départementaux du Jura et de l’Ain, du Conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes et de la DREAL Bourgogne-Franche-Comté.


Image 1. Lynx boréal (Crédit photographique : FDC39 & FDC01)

Pourquoi capturer des animaux sauvages, particulièrement dans le cas d’espèces classées gibier et sur un territoire chassé ? Le but est d’équiper les animaux de colliers de repérage (GPS) et de réaliser différents prélèvements et mesures afin de suivre leurs déplacements et de mieux comprendre l’effet de la prédation du lynx et de la chasse, ses préférences alimentaires et son aire de déplacement ainsi que son domaine vital. Cela permettra également d’analyser l’effet concomitant de la prédation par le lynx et de la chasse par l’Homme sur la survie des animaux sur un même territoire.


Les individus capturés seront équipés d’un collier GPS afin de connaître leurs positions et leurs déplacements (toutes les 2 h pendant 1 an) ainsi que d’un collier VHF (dont la durée de vie est de 3-4 ans) permettant de savoir s’ils sont toujours vivants.


Le Massif du Jura est un territoire de choix pour le suivi de ce prédateur puisqu’il constitue le principal noyau français de la population de lynx avec plus de 80 % de son aire de présence (ONCFS, Lynx flash info, Novembre 2019).


Afin de mieux comprendre la relation reliant le lynx et ses proies, le programme prévoit de les équiper ultérieurement de colliers GPS.



Comment capturer les animaux ?


La capture est réalisée en rabattant les animaux à l’aide de chiens ou non de la même façon qu’une action de chasse en battue vers des filets préalablement installés (Image 2). Cette technique, appelée panneautage, permet de capturer sans distinction chevreuils et chamois ainsi que des sangliers et des cerfs. Le but est d’entraver les animaux qui seront ensuite immobilisés par les postés cachés à proximité et dans le cas des chevreuils placés en sabot (Image 2).


Image 2. Les filets et les sabots sont prêts.



Mesures et prélèvements


La neige est là, le paysage est superbe (Image 3), le rond du matin a comme un goût de début de battue (enfin pour le chasseur que je suis) et permet de donner la majorité des informations nécessaires à la bonne réalisation de la capture, le reste sera vu directement sur le terrain. A bien retenir : couvrir les yeux des animaux immobilisés le plus vite possible (un bonnet fait l’affaire) et saisir les animaux au-dessus de l’articulation des pattes (surtout dans le cas du chevreuil) tout en conservant leur colonne vertébrale droite. 35 personnes ont répondu présentes : chasseurs ou non, simples curieux ou habitués… et 3 chefs de lignes s’occuperont de gérer la capture.


Une fois arrivés, comme pour une battue classique le silence est de mise, avec une difficulté supplémentaire : il faut dérouler les filets (près de 2 km au total). Les piquets sont déjà installés et les filets sont posés "assez" rapidement une fois qu’on a compris comment faire. Des sabots sont disposés stratégiquement afin de pouvoir placer les animaux, une fois capturés, le plus vite possible dans l’obscurité et sans qu’ils ne bougent.


Les traqueurs accompagnés de quelques chiens sont présents afin de rabattre les animaux vers les filets. Aujourd’hui, seuls les chevreuils sont "ciblés" et des consignes très claires sont données si d’autres animaux venaient à être piégés dans les filets.


Je suis posté en limite de filet pour essayer d’empêcher les animaux de les contourner et trouve alors un passage qui semble assez emprunté environ 50 m au-dessus du dernier piquet.


Image 3. La neige est présente, qu’en est-il des animaux ?


La traque est lancée, c’est parti !



Deux chevreuils me passeront juste en-dessous, mes cris ne les empêcheront pas de passer, la chevrette en tête passera sans même tourner la tête, le brocard aura tout de même la décence de me regarder furtivement sans pour autant se détourner de son chemin.


Deux chevrettes (24,9 kg et 20,5 kg) seront prises au niveau de ma ligne, deux autres chevreuils réussiront à passer le filet. Les chevrettes seront rapidement mises au calme dans les sabots et laissées à l’abri avant de passer au marquage. Au cours de cette matinée, un renard sera aperçu.


Vient alors le moment des mesures et des prélèvements : pesée des animaux, mesure de la longueur des pattes postérieures, détermination de la classe d’âge, prélèvement de poils, tiques, moquettes (fèces) et marquage des animaux. C’est mieux que chez le bijoutier…. Elles repartiront toutes les deux avec un collier GPS et un collier VHF, ce dernier n’étant posé que sur des animaux de plus de 20 kg afin d’éviter de diminuer leur chance de survie.


Une fois calmes, les deux chevrettes seront relâchées sur le site de capture, alors que le personnel de la Fédération s’assurera qu’elles repartent tranquillement (Image 4).



Image 4. Moment d’émotion alors

que les chevrettes quittent les sabots.


Nouvelle capture, en quête de chamois


Deux semaines plus tard, une nouvelle capture est prévue sur chamois cette fois, une occasion à saisir pour observer de près Rupicapra rupicapra.


Le principe est le même que pour la capture de chevreuils : les filets sont installés et les postés se tiennent prêts. Cette fois la longueur panneautée est environ 3 fois plus faible. Le premier passage des rabatteurs ne lève aucun animal et pour cause : la chevrée (harde de chamois) se trouve derrière nous. Les rabatteurs réussiront tout de même à pousser les animaux vers l’enceinte, droit sur les filets.


Quelques coups de voix plus tard, un technicien demande à ce que les deux postés au-dessus de lui descendent… J’ai la chance d’être le deuxième et arrive donc pour trouver 4 chamois pris, tous à la suite et qui sont déjà en train d’être maîtrisés plus ou moins facilement par les postés. 3 femelles et 1 mâle ou plus exactement 2 chevreaux (1 mâle et 1 femelle) et 2 chèvres dont une qui porte déjà un collier VHF, changé à cette occasion (Image 5). La plus vieille est âgée de 6 ans pour 31,6 kg. Dans le cas du chamois, la longueur des cornes est également mesurée et la détermination de l’âge peut être réalisée par lecture des anneaux de croissance.


La journée se terminera pour moi par une approche d’une chevrée de 13 individus à proximité du lieu de capture (Image 6). A l’écart, un mâle est très clairement identifiable grâce à son large cou et ses cornes possédant une courbure très prononcée (Image 7), l’occasion de prendre quelques photos (Image 8), pour ne pas dire des dizaines …




Merci à la Fédération Départementale des Chasseurs du Jura et au personnel présent pour l’organisation et plus particulièrement Jean-Baptiste, Adrien, Jérôme et Michaël pour leurs nombreuses explications sur le lynx et son suivi, ainsi que pour les images 1 et 5.


Le saviez-vous ?

• Les taches présentes sur le pelage des lynx permettent de les différencier et les identifier.

• Chamois et isard sont très proches sur le plan génétique et si les deux espèces ne fréquentent pas les mêmes massifs (l’isard étant présent uniquement dans les Pyrénées), il est possible de les distinguer aisément en hiver selon leurs robes. Ainsi, le chamois possède une tache blanche se finissant en arrondi sur la gorge tandis qu’elle se termine en pointe, accompagnée d’une écharpe noire marquée chez l’isard.

• Chamois et isards possèdent une morphologie particulière des sabots leur permettant de mieux accrocher aux surfaces escarpées et sur la neige grâce à une structure interne tendre et des bords tranchants.

Avez-vous déjà participé à une reprise d’animaux ?

Partagez vos expériences en commentaire !

Article rédigé par Sylvain V. Rédacteur-Ambassadeur de La Manufacture Verney-Carron.

Merci à Jean-Baptiste (FDC39) pour sa relecture critique.



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