Brèves de chasse : L'ours noir au Québec (2ème partie)

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Nous rejoignons les affûts aux alentours de 15 h et y resterons jusqu’à la nuit tombée. Il est primordial de rejoindre son poste le moins bruyamment possible et de rester immobile durant l’attente du gibier tant convoité. Les deux premiers jours, je suis dans un arbre surplombant une petite place dégarnie (Image 4). J’aurai la visite de nombreux écureuils mais d’aucun ours. Ces écureuils sont bruyants et laissent penser qu’un animal plus imposant arrive alors qu’il s’agit juste de ce petit mammifère curieux venant profiter de l’appât.

 

​​Le troisième jour, je me rends sur un nouvel affût repéré par Yvon et Philippe cette année. Après avoir analysé le terrain et identifié l’arbre qui lui paraissait le mieux placé, Philippe sort une scie et utilise le tree-stand pour monter et tailler l’arbre juste avant que j’y monte.

 

Cela lui prit moins de trois minutes pour monter et couper les branches puis redescendre alors qu’il me fallut bien 5 min rien que pour monter. Alors que je monte, j’entends un loup hurler au lointain, ce moment irréel renforçait le caractère sauvage de ce territoire.

 

 

 

 

Après plusieurs heures de patience, je vois les écureuils disparaître et le calme s’installer, je sais qu’un ours est surprenant de discrétion et qu’il ne fait que très peu de bruit. Je commence à scruter les abords de mon poste. C’est alors que je vois le dos d’un ours noir apparaître tranquillement à environ 40 m, il s’approche en marquant des pauses, humant l’air et finit par s’approcher à une dizaine de mètres de l’arbre dans lequel je suis perché à une hauteur de 4 m puis s’assoit. Je reste immobile et essaye de respirer le plus calmement possible même si c’est difficile compte tenu de l’excitation. Après plusieurs minutes de méfiance, il se mit à regarder dans ma direction pendant quelques secondes qui me semblaient interminables. Me voyait-il ou bien sentait-il mon odeur ? Tout d’un coup, quelque chose l’effraye et je repense alors à ma discussion avec un archer originaire des USA le matin même. Ce dernier, ayant souvent pratiqué cette chasse, m’apprit qu’il n’était pas rare que les ours les plus expérimentés, redoublant de méfiance, laissent parfois les ours plus jeunes découvrir les appâts en premiers et, lorsque ceux-ci ne montrent pas de signe de danger, les en chassent pour se repaître de l’appât.

 

 

Je vois l’ours décamper en hâte et, me demandant si je n’ai pas fait une erreur, cherche un signe de présence d’un autre ursidé. J’entends alors quelque chose approcher, c’est un ours noir : je suis soulagé. Il est plus gros que le précèdent et approche calmement dans ma direction tandis que je reste immobile et le laisse se rapprocher et analyser le terrain. Il marque des pauses, se dressant sur ses pattes arrières pour mieux sentir les odeurs. J’admire pendant de longues minutes ce magnifique animal puis décide de le prélever. Je déplace alors lentement la carabine pour l’épauler et attends qu’il se présente de côté.

 

La 7 mm retentit et je vois l’ours se dresser et l’entends parcourir quelques mètres avant que le fameux « death moan » ne rompe le silence et que tout redevienne calme. Le « death moan » est le cri caractéristique de l’animal mortellement atteint. Il est presque 19h30 et je viens de prélever mon ours. 

C’est un mâle de 70 kg estimé par Yvon à 4 ans et porteur d’un petit « V » blanc. Philippe viendra me chercher plus tard et nous ramènerons ce bel animal qui n’avait fait que 5 m depuis l’anschuss. Ce jour-là 3 ours seront prélevés et dépecés le lendemain matin. Aucune consommation de l’animal n’est alors prévue car l’ours est fréquemment porteur de la Trichinellose, maladie parasitaire transmissible à l’Homme.

 

 

 

Durant cette semaine, 7 ours seront prélevés dont 3 à l’arc. Ce fut une expérience de chasse fantastique tant au niveau du gibier que pour le partage et la rencontre d’autres chasseurs français, canadiens et américains avec lesquels je suis toujours en contact et qui m’ont poussé vers la chasse à l’arc. C’est aussi ça la chasse, l’échange et le partage de bons moments autour d’une même passion qui nous unit.

 

 

Un article rédigé par Sylvain V.  Ambassadeur rédacteur de La Manufacture Verney-Carron. 

 

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